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J'avais songé à une tête de circonstance toute la nuit, j'avais préparé chaque phrase à la virgule près. Il avait les traits tirés et son enthousiasme naturel était en berne, il me fixait de ses yeux tristes attendant que je dise quelque chose. Pour tenir le coup je me suis figurée qu'il espérait que je lui demande de rester ; ce que j'avais cruellement envie de faire. L'hôtesse lui fit signe d'embarquer ; il haussa les épaules et esquissa un sourire en ma direction. Je lui adressais un au revoir suivit d'un signe scout, c'était juste assez ridicule pour m'empêcher de pleurer. Je voulais qu'il me prenne dans ses bras mais il eut un soubresaut, comme si un choc électrique avait fait trembler ses membres. Il m'adressa un dernier demi-sourire, et tourna le dos ; s'avançant avec son énorme sac vers l'appareil. J'ai souris. Quand l'hôtesse verrouilla la porte je souriais. Quand je l'entrevis pour la dernière fois à travers le hublot de cette même porte, je souriais toujours. J'ai souris jusqu'à ce que l'avion s'envole. Collée contre la vitre, je regardais l'oiseau métallique prendre son envol en souriant ; au cas où il aurait pu me voir, d'en haut. L'avion fier et robuste est devenu petit à petit un point à l'horizon, avant de disparaitre totalement dans cette étendue bleue. Mon sourire, fixe et forcé se transforma peu à peu en une grimace de douleur ; j'avais le sentiment qu'on m'arrachait les entrailles ; j'aurais voulu passer à travers cette vitre, j'aurais voulu mourir de chagrin. Accroupie sur le marbre clair et brillant de l'aeroport ; je sombrais. Ça n'avait rien à voir avec un film ; c'était la réalité. Jusqu'au bout, mon sourire crispé n'avait tenu que pour ne pas m'effondrer devant Yoni. Et aussi, parce que j'imaginais secrètement qu'une fois l'avion envolé, mes yeux se brouilleraient et qu'en me retournant, j'apercevrais mon homme qui me sourirait, posté quelques mètres plus loin ; comme au cinéma. J'avais tant espéré cette scène que de voir ces flots de gens pressés sans qu'il n'apparaisse miraculeusement au milieu m'était insupportable ; je m'écroulais par terre, incapable de respirer. J'étais morte de l'intérieur."
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